Gremlins ? Conneries !

Hay, hey ! Comme à son habitude, diront certains, l’vieux Fluck va encore râler !
Hey Yay ! Pourquoi non ?
Je sais, j’sais, j’sais.
Le sujet est vieux comme les mondes – enfin, peut être pas si vieux, mais pas mal vieux quand même – presque aussi vieux que moi : les gremlins sont-ils des lutins ?
Pourquoi je sors cette discussion éculée du fond de ma tabatière ?
D’abord, parce qu’elle m’encombrait, ma consommation d’herbes ayant augmenté ces derniers temps suite à une vilaine blessure au foie, j’avais besoin de place, alors autant se libérer des trucs inutiles.
Hey, bon, j’dis que le sujet est vieux comme les mondes, mais d’fait, il est pas si vieux que ça. Et si je vous dis qu’il date d’à peine septante tours de la soleil, je vous donne déjà la réponse.
Hay, sûr, les gars et les garces, notre belle soleil a si peu tourné depuis qu’un grande-pattes s’est dit : « Tiens, si j’inventais des lutins qui s’raient un peu moche, qui pourraient pas manger quand ils veulent, ni se baigner, et qui deviendraient des créatures immondes passé la d’mi nuit ».
Et là, c’est la Preuve Ultime que les gremlins sont pas des lutins, ni même des fées, des elfes, des sidhes, ou un quelconque peuple de féérie.
Hey Nay ! Ça vous parait pas limpide comme la lumière d’un lampadaire ?
Un lutin… qui peut pas manger quand il veut ?
Un lutin… ou une lutine pour le coup, j’suis pas sexiste… qui peut pas se baigner ?
Un lutin… là, c’est forcément un lutin pour le coup… qui d’viendrait une créature immonde ?
Hay Hey ! Mon gars ! C’est d’un troll que tu parles, pas d’un lutin ! Et cui-celle qui m’affirme que les trolls sont des lutins, j’lui fais manger son chapeau !
Faut être clair avec vous autres, alors j’vais l’être – que ceux qui disent que ça changera se brûlent avec leur prochaine tasse de thé !
L’grems, c’est pas des lutins, cause que c’est un grande-pattes qui les les a inventé.
Bon, v’là, c’y’est.
C’fini.
Hey ! Quoi ?
T’veux plus d’explications ?
T’serais pas un peu limité du côté de la casquette ? Ou juste en dessous…
C’qui faut pas faire… Bon, j’vais vous expliquer ça, mais vite fait, cause que j’ai une palanquée de machins à récupérer, de garces à sauver, de lutines à lutiner, d’objets étranges et merveilleux à dénicher, et que t’essaieras, et que t’essaieras…
Le plus simple – non, c’pas que je considère que t’es idiot, mais si tu me demandes des explications, bah, c’est que t’as pas compris, donc c’est peut être, j’dis bien peut être, même si on sait tous que quand j’dis quelque chose, c’est souvent parce que j’le pense, peut être donc, parce que t’es un peu, un tout ch’tit peu, hein, comme qui dirait limité du côté de la casquette… ou juste en dessous, ouai, t’as raison – le plus facile, c’est déjà de comprendre que Nous, les gens du sidhe, peuple de la féérie, petit peuple, lutins, fées, korrigans, pixies et autres autres elfes, on était là.
V’la, t’as compris ?
Nan… Hay Hey ! Misère et barbe fleurie !
On était là !
Quand est-ce-que les grande-pattes sont arrivés, on était là. Tu comprends ?
Comment que j’pourrais t’expliquer ça ? Avec vos trucs de curés, vous avez tout mélangé et ‘vec votre science, vous avez tout confusé. D’un côté, vous croyez que vos dieux… Hay Hey… faut que je m’arrête là dessus sinon vous allez pas comprendre. Ney, je vous vouvoies pas, c’est juste que vous êtes plusieurs à faire des mirettes de hiboux.
Vos dieux, déjà.
Ici bas, d’votre côté d’la féérie, dans c’te belle vielle terre de Bretagne, vous considérez qu’vous avez qu’un dieu. Bon, si vous l’dites…
Mais dans vous autres grande-pattes, y’en a – j’ai pas les noms mais j’pourrais les avoir facile vu qu’vous mettez tout dans les boites à troniques et qu’on peut y rentrer facile dans ces boites – qui disent que leur dieu à eux, c’pas l’même que celui des autres grande-pattes du même coin, pis y’en a qui disent qu’ils ont un dieu à eux, qu’est le même que celui des autres, mais que sa descendance s’rait pas la même, pis d’autres encore qui disent que leur dieu, c’pas un dieu, mais un grande-pattes qu’aurait compris comment fonctionne tout l’bazar juste en marchant au milieu de la route, pis vous avez même d’autres grande-pattes qui pensent – enfin, pensent, t’vois ce que j’veux dire – qu’ils ont plusieurs dieux, dont un qui se trouve avec une tête d’éléphant, d’autres encore qu’ont plusieurs dieux mais vieux, des dieux d’avant que celui qu’est en slip sur deux bouts de bois soit venu voir ce qui s’passait dans la région, et que t’essaieras, et que t’essaieras…
Bref, vous avez une foutue palanquée de dieux qu’on sait plus quoi en faire.
Et la seule chose qui diffère, c’est que sur les p’têt dix milles dieux qu’vous avez, bah, vous croyez pas en ceux des autres. Vous avez même des grande-pattes qui croient pas du tout dans les dieux. Pas dans un seul, rien, nada, zéro.
Enfin, ça veux juste dire qu’ils croient pas en dix milles dieux, là où les autres croient pas en neuf mille neuf cent nonante neuf…
Donc, déjà, vu que vous aviez peur de la ténèbre, vous avez inventé des dieux pour vous rassurer. On était là, nous. On aurait pu vous rassurer, mais y’a un quidam – sûr que c’était pas une garce, sont bien trop futées pour ça – qu’a dit : « Nan, nan, laisse Albert, on va s’faire un truc à nous, juste aux p’tits oignons ». Ouai, il parlait à mon cousin Aldebert, mais comme tout les grande-pattes de l’époque, y savait pas trop bien parler. Et donc, ce gus qu’avait sûrement un problème du côté de la casquette a inventé les dieux, des dieux de tout et de rien, hein, pas ceux comme vous avez maintenant, Ney, l’dieu du rocher qui roule sur ta jambe et ça t’fait mal, l’dieu du buisson qui pique avec des mouches qui volent autour, l’dieu du copain qui dort trop longtemps et après il sent mauvais, vous voyez, ce genre de dieux là.
Pour sûr, nous, à l’époque, on vous r’gardait faire vos salamalecs et ça nous amusait bien, alors on a laissé faire.
On aurait pas dû.
Après, quand vous avez commencé à construire des trucs, vous avez voulu des dieux plus solides. J’vous cache pas qu’on vous a bien aidé. Avec quelques potes, on a « joué aux dieux ». On vous montrait deux trois lumières qui brillent, un ou deux vieux tours de slips et zou, vous fonciez comme des ratiers devant un terrier. hay, hey ! C’vrai qu’avec l’recul, j’peux l’dire : on aurait pas dû. Mais vous étiez tellement drôles. Enfin, jusqu’à ce que ça parte en couilles, jusqu’à ce que vous commenciez à vous trucider entre vous, que vous brûliez de pauvres garces pour satisfaire les envies de ténèbres des sidhes noirs. Après, forcément, ça s’est pas amélioré.
Ho, d’notre côté, on a mis le hôla. Oberon a balancé quelques beignes, Titiana s’est fâchée tout rouge – qu’est-ce-qu’elle est belle quand elle est en colère ! – et les sidhes noirs sont r’tournés là d’où ils auraient jamais dû sortir. Nay, j’vous dirais pas où c’est.
Mais entre temps, vous avez comme qui dirait inventé la science – comme qui dirait vu qu’on vous a bien aidé quand même – que certains voyaient comme un nouveau genre de dieu. C’est vrai, ç’aurait dû nous mettre la puce à l’oreille, mais comme on est des gens plutôt propres de nos personnes, on a pas de puces, ce qui fait que c’est plutôt dur de se les mettre à l’oreille.
Hay la science ! C’était bien drôle, au début, de vous voir vous extasier devant un assemblage de trois sortilèges que n’importe quel lutin sait maîtriser dès son arrivée dans le sidhe.
Pis, comme pour tout, vous vous êtes sentis obligés de déformer nos enseignements.
On a pas voulu voir le sidhe noir.
J’l’avais pourtant dit au vieux Oberon. J’savais que la Ténèbre était derrière tout ça. Mais occupé à lutiner sa belle Titiana – d’ac, j’aurais fait la même chose à sa place – il m’a pas écouté.
Nay, en fait, il m’a écouté, mais il m’a répondu un truc du genre : « Fluck, barre toi d’là ! C’est ma chambre à coucher ! », bref, une réponse sans rapport avec ma réflexion. C’est tout Oberon, ça.
En tous les cas, l’sidhe noir était là et y nous a fallu longtemps pour l’acculer et le faire rentrer dans sa cage. Quand enfin on a réussi, on s’est aperçu que vous aviez continué à suivre ses enseignements, et pire, que vous nous aviez oublié.
Peu à peu, vous avez entrouvert sa porte, et on pouvait plus le faire rentrer. On lui collait pourtant des gnons, mais chaque fois qu’on fermait d’un côté, vous ouvriez d’un autre.
Un jour, j’sais plus lequel et j’vais pas m’fatiguer à chercher, on a trouvé un moyen d’vous aider. Il me semble bien que c’est Seki, le jeune pas le vieux, qu’a trouvé comment faire. Il avait r’marqué que vous aimiez bien nos histoires. Hay, Hey, vous appelez ça des histoires mais qu’on se trompe pas, c’est un enseignement ! Et donc, Jeune Seki a dit : « Tiens, on va leur inventer des histoires, on leur fera rêver et ils sauront ! ». Pas le gars des ténèbres…
Bref, vous avez appris et, comme toujours, vous avez oublié. Vous avez cru que ce qui vous venait en rêve, c’était pas pour de vrai. Vous avez appelé ça fiction, romance, et depuis peu, films, bédé, animations, troidé, …
Hay, hey ! J’sais ce que vous vous dites ! Les gremlins, c’t’un film, donc c’est nous qu’on vous l’a envoyé !
Bah, nan.
Tout ce qui brille n’est pas or, et tout ce qui est or ne brille pas forcément. Ou l’effet n’est pas la cause, et que t’essaieras, et que t’essaieras.

V’la. Donc, l’gremlins, c’pas nous. C’Joe Dante. Pis avant lui, c’tait Roald Dahl.
Et alors ? Bah, si c’est pas nous, c’pas des lutins… t’as pas un problème du côté de la casquette ? Enfin, juste en dessous…

Bon, vu que tout ça est clairement établi, j’men vais retourner auprès de ma Naadia. J’ai encore deux mondes à sauver, un oeil à rafistoler, une démone à délivrer, pis faut que je prennes le temps de déjeuner.
Bons baisers de féérie.